Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/175

Cette page a été validée par deux contributeurs.


passait autour d’elles. Elles étaient deux, se suivaient comme deux vagues et vous balançaient dans on ne sait quel courant comme lorsqu’on est heureux. Ils s’avançaient l’un vers l’autre.

Jean disait :

— J’appuie ma tête à votre épaule. Dieu est bon. Je sens tout. Il y a la lampe et le silence. C’est ma place. Ma place est grande, ma place est claire comme la grande place d’un village où l’on passe. Vous levez le bras et je coule ma tête et je l’appuie et je l’étends à l’ombre. Je me tairai pour que mes pensées montent. Je les sens déjà se lever comme des bulles et elles éclatent à la hauteur de mes tempes. Il y a une cuisine dans mon cœur, je l’entends bouillir.

Alors elle pencha la tête et répondit :

— Ta tête et ma tête, ça fait deux cœurs.

Ils disaient aussi :

— Nous allons nous tutoyer pendant cinq minutes.

Jean regardait sa montre :

— Oh ! j’aime mieux ne rien dire pour y penser davantage.