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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/172

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vin, il l’avait pris alors et remontait chez lui, le possédant. La mère le reçut de ses mains, le vit, le regarda et s’aperçut d’un coup qu’on n’avait pas empli sa bouteille. Elle avait quarante ans et avait reçu de la vie tant d’amertumes qu’elle avait pris l’habitude de les rechercher. Elle dit : « Comment ! Ils ne t’ont pas rempli la bouteille ! » Remarquez qu’il ne s’agissait pas pour mon père de retourner là-bas et d’affronter un commerçant. Les pauvres regardent, apprécient, se font un sens des choses, mais ne s’y opposent pas. Il répondit : « Oui, il en manque ! Mais c’est moi qui l’ai bu. » Comprenez-moi bien, Marie. Celui-là était un enfant si bon, si sot et si bon, que la méchanceté du monde ne pouvait exister que par sa faute et qu’il aimait mieux sauver son idéal au prix d’un mensonge.

Marie ne disait rien. Puis elle fit :

— Le cœur de mon petit Jean Bousset !…

Ce fut le mot qui résulta de leur rencontre, mais il en résulta d’autres.

Le jour suivant, il se passa entre eux les mains. On a d’abord besoin de ses mains pour manger, mais lorsqu’on a mangé, les