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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/162

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qu’elle avait les mois de l’été. Alors elle resta seule. D’abord, elle fut seule pour huit jours, qui étaient le délai que demandait Raphaël pour ajouter quatre noms aux feuilles de paiement d’un chantier et s’approprier ainsi quatre payes. Il disait : « Il y aura un nommé Bourdon, un nommé Donadieu, un nommé Couvert, un nommé Bousset. Il faut que tout le monde y passe. » Marie riait : « Moi, je suis quatre ouvriers ! Je suis quatre-z-ouvriers ! » Et la séparation même la séduisit, parce qu’elle semblait accroître son roman.

Le lendemain, elle fut un peu plus sérieuse et prépara ses quartiers. Depuis deux mois Basile ne lui avait pas écrit, elle s’en était inquiété d’abord et lui avait envoyé une lettre, mais celle-ci, restant sans réponse, elle ne s’y acharna pas, à un âge où l’on ne garde guère de reconnaissance envers le passé. Mais maintenant, comme il fallait qu’elle réussît, comme elle était une femme et n’avait pas le choix, elle retrouva de quoi écrire et mit tout à son grand-père. Elle lui mit même des choses qu’elle n’avait pas.