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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/159

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certaine façon qu’avait sa lèvre supérieure de contenir, de cacher quelque chose comme la passion, comme la bouche et la langue. Il savait se comporter auprès des femmes : tous ses organes y avaient leur part. Il glissait sur elles, coulait de la bouche au talon et, avant même qu’elles ne fussent nues, cherchait quelque coin où la peau pût arriver à son palais. Il avait la fougue et la gourmandise. Il apprit à Marie bien des choses. Il aimait le lieu où la femme est la femme, il la couchait, puis l’attirant, selon l’attitude, la connaissait, la goûtait et l’adorait. D’un peu de ses lèvres, d’un peu de ses dents, d’un peu de sa bouche, il avait fondé son empire, et il relâchait ses mâchoires et bâtissait dans la félicité. Puis il la retournait, la parcourait sur toute sa ligne, la poursuivait en ses contours, pressait, mâchait, passait et éclatait enfin en une prise de possession telle qu’ils semblaient un couple, aux temps de la préhistoire, ayant toute une race à former. C’était ainsi. Puis il la rendait au jour, cassée dans les jointures, morte à tout ce qui n’était pas ce qu’il lui avait donné et sentant, au creux de ses os, le plus las des