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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/129

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vent secouait à la file, des étalages, des étoffes, des chairs humaines, des odeurs de filles publiques mêlées à des odeurs de nourriture, c’étaient des passants dont les vêtements mouillés retombaient vers la terre. C’était une ville comme une devanture, où les femmes portaient chaque jour leur robe du dimanche, où la vanité allumait les pauvres, où le geste voulait être vu du passant, où le commerce avait de grands mots, où les boutiques de fruiterie parlaient d’exportation, où les brioches à un sou, faites avec de la cendre, savaient être dorées comme les brioches des rois.

Et c’est de cette ville qu’elle attendait l’accueil. Elle avait cru d’abord que Paris descendrait vers elle comme une de ces statues que l’on voit, d’une ville, et lui dirait : « Marie Donadieu, que faut-il que je t’offre ? » Elle avait cru à quelque personne bonne et méconnue qui l’attendrait là-bas et, comme un autre Basile, dont on disait qu’il était dur, quitterait le socle et l’attitude et s’avancerait sans détour. Marie aurait eu quinze ans pour elle, elle aurait eu tout ce qu’il eût fallu avoir et, depuis ses pieds jusqu’à ses paupières, elle