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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/126

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étaient noirs et ce sentiment d’une pensée dont elle avait honte, en somme, et qu’elle n’osait pas, dans la rue, porter plus haut que le trottoir. Et plus d’un qui ne sait pas regarder son image dans les yeux ! Elle passait. La saison était douce, l’automne avait un arrière-goût de coings mêlés de sucre qui vous brident un peu la bouche, puis qui remontent et vous donnent ce parfum persuasif qui sut franchir le bois rugueux des vieux cognassiers. Des jeunes gens, assis par groupes, aspiraient cela, se tournaient comme on le doit pour la plus grande délectation, tendaient une jambe, une épaule, se laissaient aller au dossier de leur siège et, entr’ouvrant la bouche, recevaient comme des animaux l’air doux, la lumière, le spectacle et d’obscures rêvasseries qu’une femme en passant leur laissait.

On la voyait venir. Elle n’était pas de celles qui réfléchissent un coup d’œil et le retournent, ainsi qu’on le leur a donné. Elle s’avançait, toute fermée, ne produisait pas son effet de loin, mais, d’un seul coup, lorsque cette lumière blanche de sa peau qui franchissait sa voilette, lorsque cette contenance de petite