Ouvrir le menu principal

Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/124

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Elle prenait la lettre, la mettait au bout de son bras, la regardait de loin, après l’avoir lue, comme on pense à sa maison sur le pont d’un paquebot pour mieux sentir que l’on est en voyage. Parfois, pourtant, il lui passait par le nez un tic inexplicable, un chatouillement comme une envie de pleurer ; alors elle le chassait, le reniflait et donnait brutalement un coup d’épaule pour repousser tout sentiment. Il le fallait.


Elle connut même la solitude. Si Raphaël partait à deux heures, elle n’attendait que cela, donnait un tour à ses cheveux, alignait les plis de son corsage avec ceux de sa jupe et recouvrait le tout d’un long collet noir qui était son manteau. Elle marchait, enveloppée de la sorte, tenait son parapluie en travers de ses jambes, serrait son poing gauche et ne laissait voir que sa tête sous sa voilette, baissée, et dont le mouvement tirait son origine du regard qu’elle tenait attaché aux dalles du trottoir. Elle s’en allait à l’automne, coupait par le Luxembourg, suivait les allées de droite où la couleur des