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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/121

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elle se couchait le soir avec son amant, se sentait calme, n’y pensait guère et goûtait à peine ces émotions quotidiennes que connaît un gourmand lorsqu’il prend place à sa table. Oh ! certes, le mets était bon, elle en appréciait plus finement les saveurs, elle s’acharnait à en prendre sa part, mais ensuite elle s’étendait et retrouvait sa pensée. Un bon repas ne la troublait guère : elle avait l’habitude des bons repas. Parfois même il lui fallait s’exciter sur un mot : Mon amant… Je couche avec mon amant… Je suis sa maîtresse. Mais les mots aussi prenaient un sens ordinaire, si bien qu’elle dut les grossir, les déclamer, leur ajouter tout ce qu’ils avaient perdu et elle pensait : mon am…mant, sa …mmaîtresse. Elle eût voulu tout. Il y avait une chose qui s’appelait « l’idéal » et qui s’accrut démesurément en son cœur. Certains soirs Raphaël descendait dans Paris, dans un Paris qui déroulait aux yeux de la jeune femme son panorama d’histoires, ses millions de fleurs sentimentales et inconnues, ses lumières, ses vapeurs, ses esquifs, ses nochers, ses phrases, ses idéals enfin. Elle l’encourageait à partir.