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Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/113

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homme l’accosta, l’entraîna, lui prit sa virginité, puis lui donna quarante sous. Et moi, je vois l’homme, ce soir-là, allant frapper à la porte d’un ami pour lui annoncer : « Tu ne sais pas ce qui vient de m’arriver ? Je rencontre une femme, je l’emmène : elle était vierge ! Ça m’a coûté quarante sous. » Et l’autre lui répondait : « Veinard ! Ça n’arrive qu’à toi, ces choses-là. » Elle tomba au trottoir. Un mois plus tard, elle disait, passant devant le café où nous sommes : « Si seulement j’avais ici ma place ! Je ne ferais chaque soir qu’un ou deux clients et je m’en tiendrais là. » Elle finit par l’avoir, la place désirée. Il y fallut son charme, des amitiés de femmes, des protections d’étudiants. La voici là-bas qui rit. Demandez-lui ce que c’est que le bonheur. Elle le connaît aujourd’hui : elle gagne plus de dix francs par jour.

Il fut content, il avait bien raconté son histoire. N’ayant jamais eu beaucoup de femmes, toujours il avait envie d’elles.

Marie, qui aimait les grands récits, les accueillait, les animait, les couvait tous ensemble. Elle eût été intelligente sans la chaleur de son sang. Elle dit :