Ouvrir le menu principal

Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/112

Cette page a été validée par deux contributeurs.


dans leur couche et de briller comme des châsses. Marie le sentit. Elle se tourna vers Jean et lui parla :

— Moi, je ne suis pas comme ces femmes-là, n’est-ce pas.

Quand elle eut dit cela, elle fut d’aplomb, ayant bien déterminé ses limites. Jean lui répondit, à sa façon. Il n’était pas assez heureux dans la vie pour s’intéresser à d’autres qu’à lui-même. Il était de ces jeunes gens qui croient que le fond de la femme est la bonté, qui montrent un bon cœur pour les séduire, et qui les espèrent comme une récompense. Il dit :

— Mais il y a des femmes pour qui être ici serait encore le dernier mot d’un progrès. Écoutez ! Voici là-bas une jeune fille de dix-huit ans qui s’appelle Margot. Elle est si petite, avec une bouche encore humide, des dents, un sourire et de l’esprit qu’on l’appelle Petite Margot. Elle était orpheline et vivait chez son frère. Il y eut une de ces disputes, avec sa belle-sœur. Elle partit, elle avait quinze ans, sans un sou, n’ayant pas dîné. C’est bien simple, allez ! Elle descendit dans Paris ; deux heures plus tard elle avait faim. Un