Ouvrir le menu principal

Page:Philippe - Marie Donadieu, 1904.djvu/111

Cette page a été validée par deux contributeurs.


dait alors par couches horizontales. Sur des chaises alignées le long d’une rangée de guéridons, des filles en robe verte, des filles en robe jaune, des filles en robe rouge, buvaient, parlaient, présentaient des sourires, des yeux, des plumes, d’extraordinaires chapeaux couleur de perroquet, puis se levaient, marchaient, serraient des mains, s’asseyaient autre part et buvaient encore, avec des gestes, des mots bon enfant, un retroussement de jupe, quelque éclat inattendu.

Marie dit :

— Alors c’est ici, les femmes qui font la vie.

Elle les regarda. Il y en avait de douces, de minces, au visage pâle, dont les yeux semblaient attendre, dont tout le corps avait pris l’habitude d’attendre, qui vous apparaissaient lâches et faciles, avec leur bouche molle comme une bouchée de confiture. Il y en avait de droites, qui étaient posées ici, bien à leur place, qui découvraient leurs dents avec orgueil et, la taille et le sein prétentieux, portaient des corsages de soie, puis montraient des bagues, des cheveux en boucles et n’avaient d’autre but au monde que de recevoir l’homme