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DE JULIE


tisfait d’être regardé comme un scélérat qui avait déshonoré à plaisir une famille qu’on ne trouvait déjà que trop à plaindre. Peu de temps après je sus que mademoiselle… avait épousé celui dont on voulait me donner l’enfant : tout cela s’était fait à la main pour tirer parti de ma facilité. Je regardai cela comme un petit malheur, dont je me consolai bientôt : j’en fus quitte pour mon argent et quelques plaisanteries. Voilà le premier trait.

Quatre mois se passèrent sans qu’il m’arrivât rien de nouveau ; je m’amusai, je me livrai à mes amis et à l’étude. Un jour que j’étais occupé chez moi à lire, je vis entrer un homme que j’avais fréquenté ; une connaissance enfin dont l’extérieur annonçait un état bien différent de celui dans lequel je l’avais vu quelque temps auparavant. Cet homme m’exposa ses besoins, m’exagérant la dureté de ses amis qui refusaient de l’aider, et me pria en propres termes de lui racheter la vie par quelques secours : il me fit une peinture si touchante de la nécessité où il était réduit, que je ne différai point à l’aider. L’occasion du plaisir m’en avait fait une simple connaissance, sa misère m’en fit un ami ; je le goûtai, je m’y livrai, et crus vraiment qu’il m’avait rendu un grand service en me procurant l’avantage de l’obliger. Nous passâmes six