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LA PARCELLE 32

Il vint auprès du lit et lut la lettre d’un air triomphant.

Honoré disait :

Mon cher Mazureau, j’ai été bien content d’apprendre que vous vouliez tenir tête à Sicot. Sa conduite envers moi n’a pas été belle ; je ne l’aime pas. J’avais l’idée d’écrire à Boutin pour le charger d’acheter en mon nom, mais, puisque vous voulez acheter vous-même, il est bien préférable que je vous aide ; car j’ai déjà assez de soucis avec les terres que je loue. Donc, achetez sans crainte ; je suis derrière vous. Je vous prêterai jusqu’à dix mille francs.

Mazureau interrompit :

— Si je dois me lever pour acheter, je préfère que ce soit sans aide étrangère.

Bernard haussa les épaules et continua :

Mon cher Mazureau, votre lettre m’a montré le bon chemin à l’heure où j’hésitais encore. Malgré la faute d’Éveline, j’ai toujours de l’amitié pour elle ; quand son chagrin sera passé, je l’épouserai si elle veut bien, et son enfant sera le mien. J’espère que ce sera votre contentement. La guerre est finie et je pense aller vous parler de tout cela bientôt.

Honoré.

Mazureau s’était redressé sur son séant ; à son tour il prit la lettre. À cause du mauvais jour, il ne pouvait pas la lire ; il la mania amoureusement. Dans ses yeux brillants de fièvre, une flambée d’orgueil monta.

— Bernard, nous achèterons ! Il y aura de l’honneur pour nous !… Va chercher Éveline !

Éveline rentra chez son père dès qu’elle en fut priée.