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la guerre des boutons


sages qu’ils étaient, à s’encombrer de ces meubles inutiles.

Prévenant l’objection de ces jeunes philosophes, Lebrac leur désigna comme « musette à godons » leur casquette ou celle de leur voisin, et tout fut ainsi réglé au mieux des intérêts de la troupe.

– On y est ? demanda-t-il ensuite… En avant, alorsse !

Et, lui en tête, Tintin le suivant, puis La Crique, puis les autres, au petit bonheur, tous, le bâton à la main droite, le mouchoir lié aux quatre coins et plein de cailloux à l’autre, ils avancèrent lentement, leurs formes fluettes ou rondouillardes, légèrement frissonnantes, se découpant en blanc sur la couleur sombre du défilé. En cinq minutes, ils furent au Gros Buisson.

Camus, juste à ce moment, engageait les hostilités et « ciblait » Migue la Lune à qui il voulait absolument, disait-il, casser la gueule.

Il était temps cependant que le gros des forces de Longeverne arrivât. Les Velrans prévenus par Touegueule, émule et rival de Camus, de la seule présence de quelques ennemis, et enfiévrés encore au souvenir de leur victoire de l’avant-veille, se préparaient à ne faire qu’une bouchée de ceux qui se trouvaient devant eux. Mais au moment précis où ils débouchaient de la forêt pour se former en colonne d’assaut, une gerbe écrasante de projec-