Page:Pergaud - La Guerre des boutons, 1912.djvu/90

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
90
la guerre des boutons


tre pour qu’il pût, en cas de malheur, protéger leur rentrée à la maison.

– Les salauds ! grommelait Lebrac, ah ! les salauds ! ils nous le paieront, va ! et cher !

C’était une belle journée d’automne : les nuages bas qui avaient protégé la terre de la gelée s’étaient évanouis avec l’aurore ; il faisait tiède : les brouillards du ruisseau du Vernois semblaient se fondre dans les premiers rayons du soleil et derrière les buissons de la Saute, tout là-bas, la lisière ennemie hérissait dans la lumière les fûts jaunes et dégarnis par endroits de ses baliveaux et de ses futaies.

Un vrai beau jour pour se battre.

– Attendez un peu à ce soir, disait Lebrac, le sourire aux lèvres. Un vent de joie passait sur l’armée de Longeverne. Les moineaux et les pinsons pépiaient et sifflaient sur les tas de fagots et dans les pruniers des vergers ; comme les oiseaux, eux aussi, ils chantaient ; le soleil les égayait, les rendait confiants, oublieux et sereins. Les soucis de la veille et la raclée du général étaient déjà loin et on fit une épique partie de saute-mouton jusqu’à l’heure de l’entrée en classe.

Il y eut, au coup de sifflet du père Simon, une véritable suspension de joie, des plis soucieux sur les fronts, des marques d’amertume aux lèvres et du regret dans les yeux. Ah ! la vie !…