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la guerre des boutons


me faire taugner[1] à la cambuse, « passe que » d’abord on ne me laisserait plus sortir et puis, il faut leur faire payer la tournée d’hier.

— Faudra y penser pendant la messe et on en recausera ce soir.

À ce moment passèrent les petites filles qui, en bande, se rendaient, elles aussi, à l’office. En traversant la place, elles regardèrent curieusement Lebrac « pour voir la gueule qu’il faisait », car elles étaient au courant de la grande guerre et savaient déjà toutes, par leur frère ou leur cousin, que, la veille, le général, malgré une résistance héroïque, avait subi le sort des vaincus et était rentré chez soi dépouillé et en piteux état.

Sous les multiples feux de tous ces regards, Lebrac, bien qu’il fût loin d’être timide, rougit jusqu’au bout des oreilles ; son orgueil de mâle et de chef souffrait horriblement de sa défaite et de cette sorte de déchéance passagère, et ce fut bien pis encore quand sa bonne amie, la sœur de Tintin, lui jeta au passage un regard de tendresse aux abois, un regard désolé, inquiet, humide et tendre qui disait éloquemment toute la part qu’elle prenait à son malheur et tout l’amour qu’elle gardait envers et malgré tout pour l’élu de son cœur.

Malgré ces marques non équivoques de sympa-

  1. Taugner, rosser.