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la guerre des boutons


de pain qu’il cacha dans sa poche et dont il arrachait de temps à autre, à pleines dents, une énorme bouchée qui lui distendait les mâchoires, puis il se mit à manier les brosses avec ardeur et comme si rien de particulier ne s’était passé la veille.

Son père, raccrochant son fouet au crochet de fer du pilier de pierre qui s’élevait au milieu de la cuisine, lui jeta en passant un coup d’œil rapide et sévère, mais ne desserra pas les dents.

Sa mère, quand il eut fini sa tâche et après qu’il eut déjeuné d’un bol de soupe, veilla à son échenillage dominical…

Il faut dire que Lebrac, de même que la plupart de ses camarades, La Crique excepté, n’avait avec l’eau que des relations plutôt lointaines, extra-familiales, si l’on peut dire, et qu’il la craignait autant que Mitis, le chat de la maison. Il ne l’appréciait vraiment, en effet, que dans les rigoles de la rue où il aimait à patauger et comme force motrice faisant tourner de petits moulins à aubes de sa construction, avec un axe en sureau et des palettes en coudre.

Aussi en semaine, malgré les colères du père Simon, ne se lavait-il jamais, sauf les mains, qu’il fallait présenter à l’inspection de propreté et encore, le plus souvent, se servait-il de sable en guise de savon. Le dimanche il y passait en rechignant. Sa mère, armée d’un rude torchon de grosse toile bise