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la guerre des boutons


nuel que ce polisson, ce bougre de gredin de cochon d’enfant lui donnait quotidiennement.

— Et tu t’imagines que ça va durer longtemps comme ça, peut-être, reprit le père, que je vais dépenser des sous à élever et à nourrir un salopiot comme toi, qui ne fout rien, ni à la maison, ni en classe, ni ailleurs, même que j’en ai parlé ce soir à ton maître d’école ?

— !…

— Ah ! je t’en foutrai, bandit ! Je vas te faire voir que les maisons de correction elles sont pas faites pour les chiens. Ah ! rosse !

— !…

— D’abord, tu vas te passer de souper ! Mais vas-tu me répondre, nom de Dieu ! où t’es-tu arrangé comme ça ?

— !…

— Ah ! tu ne veux rien dire, crapule, ah oui, vraiment ! eh bien, attends un peu, nom de Dieu, je veux bien te faire causer moi, va !

Et saisissant dans le fagot entamé près de la cheminée un raim[1] de coudre souple et dur, arrachant la chemise, jetant bas la culotte, le père de Lebrac administra à son rejeton, qui se roulait, se tordait, écumait, râlait et hurlait, hurlait à faire trembler les vitres, une de ces raclées qui comptent dans la vie d’un môme.

  1. Forte baguette, mot patois qui vient sans doute de rameau.