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la guerre des boutons


été appesanties de toute la détresse humaine et de toute la mélancolie de l’automne.

Pas un ne parlait pour ne point aggraver les préoccupations douloureuses du chef vaincu, et, pour augmenter encore leur peine, leur parvenait dans le vent du sud-ouest le chant de victoire des Velrans glorieux qui rentraient dans leurs foyers :

Je suis chrétien, voilà ma gloire,
Mon espérance et mon soutien…

Car on était calotin à Velrans et rouge à Longeverne.

Au Gros Tilleul, on s’arrêta comme de coutume, et Lebrac rompit le silence :

– On se retrouvera demain matin, près du lavoir, au second coup de la messe, fit-il d’une voix qu’il voulait rendre ferme, mais où perçait tout de même, dans une sorte de chevrotement, l’angoisse d’un avenir trouble, très incertain, ou plutôt trop certain.

– Oui, répondit-on simplement, et Camus le lapidé vint lui serrer les mains en silence, pendant que la petite troupe, très vite, s’égrenait par les sentiers et les chemins qui conduisaient chacun à son domicile respectif.

Quand Lebrac arriva à la maison de son père, près de la fontaine du haut, il vit la lampe à pétrole allumée dans la chambre du poêle et, par un