Page:Pergaud - La Guerre des boutons, 1912.djvu/66

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
66
la guerre des boutons


drix grise, signal de ralliement de Longeverne, et, à la réponse qui lui vint, signala par trois nouveaux cris consécutifs, à son féal aux abois, que tout danger était momentanément écarté.

Bientôt, derrière les buissons, on aperçut, s’approchant en effet, la silhouette indécise d’abord et blanche de Lebrac, son petit baluchon à la main, puis se distinguèrent les traits de sa face contractée de colère.

– Ben mon vieux ! ben ma vieille !

Ce fut tout ce que put dire Camus, qui, les larmes aux yeux et les dents serrées, brandit un poing menaçant dans la direction de Velrans.

Et Lebrac fut entouré.

Toutes les ficelles et toutes les épingles de la bande furent réquisitionnées afin de lui refaire une tenue tant qu’à peu près présentable pour rentrer au village. À un soulier, on mit de la ficelle de fouet, à l’autre de la ficelle de pain de sucre prise à une garde d’épée ; des morceaux de tresse serrèrent les bas aux jarrets ; on trouva une épingle de nourrice pour rejoindre et maintenir les deux ouvertures du pantalon ; Camus même, ivre de sacrifice, voulait défaire sa fronde à « lastique » pour en fabriquer une ceinture à son chef, mais l’autre noblement s’y opposa ; quelques épines bouchèrent les plus gros trous. La blouse, ma foi, pendait bien un peu en arrière ; la chemise irrémédiablement