Page:Pergaud - La Guerre des boutons, 1912.djvu/59

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
59
la guerre des boutons


comprendre, le grand Lebrac s’était enfin reconnu, était revenu à lui et, quand on voulut le traiter en vaincu et l’aborder l’eustache à la main, il leur fit voir, à ces peigne-culs, ce que c’est qu’un Longeverne !

De la tête, des pieds, des mains, des coudes, des genoux, des reins, des dents, cognant, ruant, sautant, giflant, tapant, boxant, mordant, il se débattait terriblement, culbutant les uns, déchirant les autres, éborgnait celui-ci, giflait celui-là, en bosselait un troisième, et pan par-ci, et toc par-là et zon sur un autre, tant et si bien que, laissant pour compte une demi-manche de blouse, il se faisait lâcher enfin par la meute ennemie et s’élançait déjà vers Longeverne d’un élan irrésistible, quand un traître croc-en-jambe de Migue la Lune l’allongea net, le nez dans une taupinière, les bras en avant et la gueule ouverte.

Il n’eut pas le temps de dire ouf ; avant qu’il eût songé seulement à se mettre sur les genoux, douze gars se précipitaient derechef sur lui et pif ! et paf ! et poum ! et zop ! vous le saisissaient par les quatre membres tandis qu’un autre le fouillait, lui confisquait son couteau et le bâillonnait de son propre mouchoir.

L’Aztec, dirigeant la manœuvre, arma Migue la Lune, sauveur de la situation, d’une verge de noisetier et lui recommanda, précaution inutile, d’y