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la guerre des boutons


terre et diriger ses troupes ; mais l’habitude, la sacrée habitude de monter à l’arbre fit taire tous ses scrupules de commandant en chef, et il grimpa au chêne pour lancer de haut ses projectiles dans les rangs des adversaires.

Installé dans une fourche soigneusement choisie et aménagée, commodément assis, il prenait la ligne de mire en tendant l’élastique, le cuir juste au milieu de la fourche, les bandes de caoutchouc bien égales et lâchait le projectile qui partait en sifflant du côté de Velrans, déchiquetant des feuilles ou cognant un tronc en faisant toc.

Camus pensait qu’il en serait ce jour-là comme des jours précédents et ne se doutait mie que les autres tenteraient une attaque et pousseraient une charge puisque chaque engagement, depuis l’ouverture des hostilités, avait vu leur défaite ou leur reculade.

Tout alla bien pendant une demi-heure, et le sentiment du devoir accompli, le souci d’un emploi judicieux de ses cailloux le rassérénaient, lorsque, au cri de guerre de l’Aztec, il vit la horde des Velrans chargeant son armée avec une telle vitesse, une telle ardeur, une telle impétuosité, une telle certitude de victoire qu’il en demeura abasourdi sur sa branche sans pouvoir proférer un mot.

Ses guerriers, en entendant cette ruée formidable, en voyant ce brandissement d’épieux et de tri-