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la guerre des boutons


métalliques du col, coupa les boutons des manches ainsi que ceux qui fermaient le devant de la blouse, puis il fendit entièrement les boutonnières, ensuite de quoi Camus fit sauter ce vêtement inutile ; les boutons du tricot et les boutonnières subirent un sort pareil ; les bretelles n’échappèrent point, on fit sauter le tricot. Ce fut ensuite le tour de la chemise : du col au plastron et aux manches, pas un bouton ni une boutonnière n’échappa ; ensuite le pantalon fut lui-même échenillé : pattes et boucles et poches et boutons et boutonnières y passèrent ; les jarretières en élastique qui tenaient les bas furent confisquées, les cordons de souliers taillés en trente-six morceaux.

— T’as pas de « caneçon » ? non ! reprit Lebrac, en vérifiant l’intérieur de la culotte qui dégringolait sur les jarrets.

— Eh bien ! maintenant, fous le camp !

Il dit, et, tel un honnête juré qui, sous un régime républicain, sans haine et sans crainte, obéit uniquement aux injonctions de sa conscience, il ne lui lança pour finir qu’un solide et vigoureux coup de pied à l’endroit « ousque » le dos perd son nom.

Rien ne tenait plus des habits de Migue la Lune et il pleurait, misérable et petit, au milieu des ennemis qui le raillaient et le huaient.

— Viens donc m’arrêter, maintenant ! invita