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la guerre des boutons


à remplacer les genoux, et la montée jusqu’au sommet s’opérait ensuite aussi naturellement et facilement que par le plus commode des escaliers.

La liane végétale tombait vite entre leurs mains, car, au pied de l’arbre, un camarade à l’eustache tranchant rasait la tige au niveau du sol tandis que trois ou quatre autres gars, tirant dessus avec toutes les précautions d’usage, l’amenaient à eux par degrés.

Que de fois les petits bergers avaient fait cela en été, à la Saint-Jean, et enguirlandé de verdure et de fleurs des champs les cornes de leurs bêtes ! La clématite, le lierre, les bleuets, les coquelicots, les marguerites, les scabieuses mariaient leurs couleurs parmi la verdure sombre des couronnes tressées, pour lesquelles on rivalisait d’ingéniosité et de goût et c’était une joie, le soir, de voir revenir à pas pesants et faisant tinter leurs clochettes, les bonnes vaches aux grands yeux limpides, fleuries et couronnées comme des mariées de mai.

En rentrant, on accrochait le bouquet au-dessus de la porte de la cuisine, parmi les grands clous de « baudrions » où la panoplie luisante et rustique des faux jette ses feux sombres, et on l’y laissait, sous l’abri de l’auvent, se dessécher jusqu’à l’année suivante et plus longtemps quelquefois.

Mais il ne s’agissait pas de cela aujourd’hui.

– Dépêchons-nous, pressa Lebrac, qui voyait