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la guerre des boutons


les en vrilles aux fûts noueux, s’enroulaient, serpents végétaux et vivaces, pour escalader l’azur, conquérir la lumière et boire, avec chaque aurore, leur lampée de soleil. Il y avait en bas et presque partout sur le sol des vieilles souches grises, dures et raides, s’écaillant en filaments comme du bœuf bouilli trop cuit, pour s’effiler au sommet en fouets souples et résistants.

Camus grimpait ; Tétas et Guignard aussi ; ils formaient trois chantiers qui opéraient simultanément sous l’œil vigilant de Lebrac.

Ah ! c’était bientôt fait, l’escalade.

Quelque gros que fût l’arbre, Camus, comme un lutteur antique, l’attaquait à bras le corps, franchement ; souvent même ses bras trop courts n’arrivaient pas à en étreindre complètement le tronc.

Qu’importe ! Ses mains aplaties s’accrochaient comme des ventouses à tous les nœuds d’écorce, ses jambes se croisaient enlaçantes comme des ceps de vigne tortus et une détente solide de jarrets vous le projetait d’un seul coup à trente ou cinquante centimètres plus haut ; là, nouvel agrippement de mains, nouvel arrimage de jarrets et, en quinze ou vingt secondes, il accrochait la première branche.

Alors ça ne traînait plus : un rétablissement sur les avant-bras et la poitrine d’abord, puis les genoux arrivaient à hauteur de cette barre fixe naturelle et s’y installaient, et puis les pieds ne tardaient pas