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la guerre des boutons


Et puis, on ne peut guère faire ça de jour. Des fois que si on était vu, il pourrait bien nous faire aller en prison avec des témoins… un vieux cochon comme ça, que ça n’a ni cœur ni entrailles, faut pas s’y fier, vous savez. Enfin, on verra bien.

– Tirouit ! interrogea-t-on dans les buissons du couchant.

– Les voici ! fit Lebrac, et il imita à trois reprises le rappel de la perdrix grise.

Une forte sabotée, frappant le sol à coups redoublés, lui apprit la venue des trois éclaireurs et le rassemblement à son poste des divers groupes disséminés par le coteau. Quand tout le monde fut réuni, les coureurs s’expliquèrent :

Zéphirin, assurèrent-ils, jurait les tonnerre et les bordel de Dieu contre ces sales petits morpions de Velrans qui venaient emmerder les honnêtes gens jusque sur leur territoire, et le pauvre bougre suait et s’épongeait et soufflait, tel un carcan poussif qui tire une voiture de deux mille, en montant une levée de grange rapide comme un toit.

– Ça va bien ! affirma Lebrac. Il veut repasser par ici, faudra que quelqu’un reste pour le guetter.

La Crique, qui était déjà psychologue et logicien, émit une opinion :

– Il a eu chaud, par conséquent il a soif ; donc il va s’en retourner tout droit au pays pour aller