Page:Pergaud - La Guerre des boutons, 1912.djvu/101

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
101
la guerre des boutons


venir de la prise de Lebrac, qu’il serait bon aussi de piger Camus qui justement remontait sur son chêne.

Celui-là sûrement n’aurait pas le temps de fuir, il n’y couperait pas cette fois, il serait « chauffé » et y passerait tout comme Lebrac. Depuis longtemps déjà ses cailloux et ses billes faisaient trop de blessés dans leurs rangs, il était urgent vraiment de lui donner une bonne leçon et de lui rafler sa fronde.

Ils le laissèrent commodément s’installer.

Les dispositions de combat n’étaient pas longues à prendre pour ces escarmouches où la valeur personnelle et l’élan général décidaient le plus souvent de la victoire ou de la défaite ; aussi, l’instant d’après, les bâtons follement tournoyant, poussant des ah ! ahr ! gutturaux et féroces, les Velrans, confiants en leur force, fondirent impétueusement sur le camp ennemi.

On aurait entendu voler une mouche au Gros Buisson de Longeverne : seule la fronde de Camus claquait, lançant ses projectiles…

Les gars nus, tapis, à genoux ou accroupis, frissonnant de froid sans oser se l’avouer, tenaient tous le caillou dans la main droite et la trique en la gauche.

Lebrac au centre, au pied du chêne de Camus, debout, le corps entièrement dissimulé par le fût du gros arbre, tendait en avant sa tête farouche,