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livrer au bûcher des milliers de victimes humaines ; et le supplice d'Anne Dubourg apprenait bientôt aux populations effrayées que la justice royale, la justice de saint Louis et de Philippe le Bel, était devenue le valet des bourreaux de l'Inquisition.

Tel père, tels fils. Au royal amant de Diane de Poitiers succédaient tour à tour François II, un enfant chétif ; Charles IX, un forcené ; Henri III, un nouvel Héliogabale, qui transformait la cour de France en lupanar. Près d'eux leur mère, l'Italienne Catherine de Médicis, avec son cortège d'astrologues, de baladins et son escadron volant de filles d'honneur, Catherine qui sacrifiait à son ambition sans frein tous ses devoirs de mère et de souveraine.

A côté de cette famille déchue, deux mauvais génies, Philippe II, le bourreau des Pays-Bas, et la sombre « harde » des Guises, François de Lorraine, le cardinal de Lorraine, grand inquisiteur de France, Henri le Balafré, le cardinal de Guise et leur sœur, la vindicative duchesse de Montpensier, dont les vices ne le cédaient en rien à ceux de Catherine de Médicis.

Ainsi ballottée entre des éléments contraires, sans principes et sans honneur, la royauté marche vers l'abîme, poussée par les Guises, l'Inquisition et l'Espagne, et va sombrer dans la boue sanglante d'où la puissante main du Béarnais pourra seule la tirer un jour, quand, dans la France lassée de carnage, il fera triompher les idées de Rabelais, de Michel de l'Hôpital et du parti des Politiques et proclamera la tolérance en matière de religion.

II

Catholiques, protestants, Politiques, tels sont les trois grands partis qui se disputent la France pendant près d'un demi-siècle ; la satire les représente tous les trois.

L'histoire de la satire en France au XVIe siècle comprend deux périodes bien distinctes. Dans la première, qui s'étend jusqu'au moment où commencent les guerres de religion,