Page:Peluso – Souvenirs sur Jack London, paru dans Commune, 1934.djvu/13

Cette page a été validée par deux contributeurs.

cation de la réaction et de l’oppression, étaient des plus disparates. Dans le cercle intime, on était loin d’être d’accord sur les forces agissantes de la révolution. Le menchévisme était présent dans l’entourage de Jack London. Mais l’écrivain — plutôt réservé, écoutait la discussion, souvent animée, et en tirait profit. Il cherchait toutefois à s’informer par ailleurs. Or, a San Francisco il y avait une petite colonie de russes émigrés. C’étaient des « radicaux » petits bourgeois intellectuels. Parmi eux, il y avait une jeune femme, Anna Stronsky, laquelle joua un certain rôle dans la vie de Jack London. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, elle et ses amis émigrés, étaient des socialistes-révolutionnaires, ou avaient des liens avec eux. Le fait qu’ils firent grande fête à Guerchonni, quand celui-ci, peu après sa fuite de Sibérie, passa par San Francisco, tendrait à confirmer cette supposition. C’est à Anna Stronsky que Jack s’adressait pour obtenir des éclaircissements sur les bolcheviks. Je ne saurais dire comment elle s’acquittait de cette tâche. Ce qui est certain, c’est que lorsque la nouvelle de la révolte armée de décembre arriva sur le Pacifique, Jack se rangea du côté des bolcheviks. Il avait suivi la révolution de 1905, avec toute la tension de son esprit, toute la passion de son âme. Il voyait le rôle grandissant des bolcheviks à travers le cours de la révolution. La trahison des menchéviks russes lui permit de faire la comparaison avec celle des chefs de l’American Federation of Labour, et quand Plékhanoff lança sa sentence contre-révolutionnaire condamnant la révolte armée de décembre, il avait déjà préparé la réponse qu’il mit dans la bouche du héros de son roman le «  Talon de Fer » : la victoire ne peut être obtenue que par le prolétariat en armes.

La nouvelle voie littéraire de Jack London était désormais tracée, et c’était la première révolution prolétarienne qui la lui avait imposée. La période de ses romans d’aventures arctiques et de ses récits d’animaux était close à jamais. Il abandonna aussi l’habitude qu’il reconnut erronée d’exalter la révolte individuelle de l’esclave salarié et de l’opprimé en général. Il se garda bien d’agiter, comme il l’avait fait dans certaines de ses œuvres, l’idée de déserter le travail et de chercher un refuge contre l’oppression capitaliste dans le vagabondage, dans l’aventure ; il reconnut