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VIII

MONTMARTRE
(suite)

Voici, le mardi 23 mai, la journée d’un habitant de Montmartre, garde national et employé à la mairie :

« Je vis, le matin, la barricade de la rue Lepic. Il y avait là une poignée d’hommes. Une vingtaine de femmes arrivèrent ; elles avaient pour chef une brune de vingt à vingt-cinq ans, superbe, le drapeau rouge à la main. La troupe canardait les fédérés des maisons : la barricade était basse ; les blessés, en tombant, roulaient hors de son étroit abri ; les balles éparses les achevaient. Les hommes étaient abattus : les femmes étaient enragées. Elles saluaient chaque décharge du cri de : Vive la République ! Vive la Commune !

» Nous essayons d’entrer dans les maisons. Portes closes ; impossible de les enfoncer. La troupe tournait la barricade ; quelques-uns profitent d’une éclaircie pour partir ; je les suis. La rue Lepic monte, les balles ricochaient jusqu’au sommet ; il fallait grimper à quatre pattes, longeant les maisons à la file. Dans de telles conditions, vingt mètres font un voyage. Devant moi une femme marchait, ou plutôt rampait ; tout d’un coup, elle s’arrête : elle avait la tête brisée par une balle. Il me fallut passer à quatre pattes sur ce cadavre chaud.

» Toutes les femmes restées à la barricade ont été fusillées.

» Sorti de la rue Lepic, je me dirige vers la rue Du-