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L E M Y S T È U E J’ai envie, je suis tenté de leur metlre la main sous le

ventre Poui- les soutenir dans ma larg^e main Comme un père qui apprend à nager à son fils Dans le courant de la rivière Et qui est partagé entre deux sentiments. Car d’une part s’il le soutient toujours et s’il le soutient

trop L’enfant s’y fiera et il n’appre’ndra jamais à nager. Mais aussi s’il ne le soutient pas juste au bon moment Cet enfant boira un mauvais coup. Ainsi moi quand je leur apprends à nager dans leurs

épreuves Moi aussi je suis partagé entre ces deux sentiments. Car si je les soutiens toujours et je les soutiens trop Ils ne sauront jamais nager eux-mêmes. Mais si je ne les soutiens pas juste au bon moment Ces pauvres enfants boiraient peut-être un mauvais

coup. Telle est la difficulté, elle est grande. Et telle la duplicité même, la double face du problème. D’une part il faut qu’ils fassent leur salut eux-mêmes.

C’est la règle. Et elle est formelle. Autrement ce ne serait pas inté- ressant. Ils ne seraient pas des hommes, (^r je veux qu’ils soient virils, qu’ils soient des hommes

et qu’ils gagnent eux-mêmes Leurs éperons de chevaliers. D’autre part il ne faut pas qu’ils boivent un mauvais

coup .Ayant fait un plongeon dans l’ingratitude du péché. Tel est le mystère de la liberté de l’homme, dit Dieu,

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