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LE M Y S ï È U E

Et qu’il se taise, surtout, qu’il se taise, il n’en finit pas de parler.

Pour ce qu’il tlit. Pour ce que ça vaut ce qu’il dit.

Et qu’il cesse de penser. Pour ce que ça vaut.

Créature à la nuque raide. Créature aux tempes barrées. Je n’aime pas, dit Dieu,

Celui qui a la tête comme un morceau de bois. Les idoles aussi étaient en bois.

Celui qui dans un perpétuel raidissement roule une perpétuelle migraine.

Je n’aime pas, dit Dieu, celui qui pense

Et qui se tourmente et qui se soucie

Et qui roule une mig^raine perpétuelle

Dans la barre du front et un mal de tète

Dans le creux de la nuque dans le derrière de la tête.

Au point d’inquiétude.

Et qui a les sourcils froncés perpétuellement

Comme un secrètement malheureux.

Et les tempes battantes et qui est brûlé de fièvre.

Et aussi qui a les bords des paupières fripés

A force de regarder le jour du lendemain.

Ne suffît-il pas que moi je le regarde, le jour du lende- main.

nuit tu obtiens quelquefois le désistement de ce mal- heureux.

Et qu’il se détende. C’est tout ce que je leur demande.

Qu’il ne roule point un flot perpétuel dans sa tête,

L’n océan d’inquiétude.

Qu’est-ce que je leur demande. Qu’ils ferment un peu les yeux.

Qu’ayant fait leur prière ils se couchent dans leur lit en long.