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Les saints ont sur la tête un très léger cerceau
Pour bien voir que c’est eux, une sorte d’arceau
Ouvre le paradis, Jésus dans son berceau

Regarde saint Joseph et par espièglerie
Veut lui tirer la barbe et le vieux se récrie
Et fait semblant de mordre afin que l’enfant rie ;

Mais Satan les regarde et fumant du naseau
Ce serpent venimeux, cet immonde pourceau
S’est juré d’empester le faubourg Saint-Marceau

Ce serpent à sonnette avec sa sonnerie
S’est vanté qu’il ferait (voyez sa hâblerie)
Jeter par ses suppôts les saints à la voirie

Les armes de Jésus c’est la paille et l’étable
Et le pain et le vin et la nappe et la table,
Et le plus malheureux, voilà son connétable

Les armes de Satan c’est la supercherie,
Un aplomb infernal, une aigre drôlerie,
Le savoir des savants et la cafarderie ;

Les armes de Jésus c’est la poignante épine,
C’est la fleur de son sang sur la blanche aubépine,
Et les fleurs de ses pleurs sur la rouge églantine ;