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journée finit et que la nuit commence, demander avant, remercier après, et toujours de la bonne humeur, c’est pour tout ça ensemble et pour tout ça l’un après l’autre que nous avons été mis sur terre, c’est tout ça ensemble, tout ça l’un après l’autre qui fait la journée du bon Dieu. Si tout à l’heure on me disait : Tu sais, Hauviette, c’est pour dans une demi-heure…


Jeannette

— Ma petite Hauviette, ma petite Hauviette.


Hauviette

— Je continuerais à filer, si je filais, et à jouer, si je jouais. Et en arrivant je dirais au bon Dieu : Notre père, qui êtes aux cieux, je suis la petite Hauviette, de la paroisse de Domremy en Lorraine ; pour vous servir ; de votre paroisse de Domremy dans votre Lorraine de chrétienté. Vous nous avez rappelés un peu de bonne heure, vu que je n’étais encore qu’une toute petite fille. Mais vous êtes un bon père et vous savez, ce que vous faites.

Un silence.

Je suis une petite Française têtue. Jamais on ne me fera croire qu’il faut avoir peur du bon Dieu ; qu’on peut avoir peur du bon Dieu. Quand je suis sur la route et que mon père me rappelle, pour me faire rentrer à la maison, je n’ai pas peur de mon père.

Un silence.

Je suis comme eux. Nous sommes leurs filles. Il faut moins de force pour abattre un bonhomme que pour abattre un chêne. Il faut moins de peine, il est plus