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DE LA DEUXIÈME V E R T I

Qui donnes le plus de matière à l’Espérance.

Qui es l’instrument, qui es la matière même et la rési- dence de l’Espérance.

Et aussi, (et ainsi), au fond créature de la plus grande Charité.

Car c’est toi qui berces toute la Création

Dans un Sommeil réparateur.

Comme on couche un enfant dans son petit lit,

Comme sa mère le couche et comme sa mère le borde

Et l’embrasse (Elle n’a pas peur de le réveiller.

Il dort tellement bien).

Comme sa mère le borde et rit et le baise au front

En s’amusant.

Et lui aussi rit, lui rit en réponse en dormant.

Ainsi, ô nuit, mère aux yeux noirs, mère universelle,

Non plus seulement mère des enfants (c’est si facile)

Mais mère des hommes mêmes et des femmes, ce qui est si difficile,

C’est toi, nuit, qui couches et fais coucher toute la Création

Dans un lit de quelques heures.

(En attendant). Dans un lit de quelques heures

Image, faible image, et promesse et avant réalisation du lit de toutes les heures.

Réalisation anticipée. Promesse tenue d’avance

En attendant le lit de toutes les heures.

Où moi, le Père, je coucherai ma création.

Nuit tu es la nuit. Et tous ces jours ensemble

Ne sont jamais le jour, ils ne sont jamais que des jours.

Semés. Ces jours ne sont jamais que des clartés.

Douteuses, et toi, la nuit, tu es ma grande lumière sombre.

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