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DE LA DEUXIÈME VERTU Mais comme les enfants le voient, comme les enfants le

sentent, et ma jeune Espérance, comme les enfants le

savent, Dans la nuit, dans une seule et même, Dans la seule et même nuit Où se retrempe l’être. En plein dans la nuit. C’est la nuit qui est continue, où se retrempe l’être,

c’est la nuit qui fait un long tissu continu, Un tissu continu sans fin où les jours ne sont que des

jours. Ne s’ouvrent que comme des jours. C’est-à-dire comme des trous, dans une étoffe où il y a

des jours. Dans une étoffe, dans un tissu ajouré. C’est la nuit qui est ma grande muraille noire Où les jours ne s’ouvrent que comme des fenêtres D’une inquiète et d’une vacillante Et peut-être d’une fausse lumière. Où les jours ne s’ouvrent que comme des jours. Où les jours ne s’ouvrent que comme des lucarnes. Car il ne faut point dire que la chaîne des temps Serait une chaîne sans fin

Où la maille suit la maille, où le chaînon suit lechaînon, Où les jours et les nuits se suivraient égaux dans une

même chaîne. Un chaînon blanc, un chaînon noir, la nuit accrochant

le jour, le jour accrochant la nuit. Mais ils ne sont point égaux, ils n’ont point la même

dignité dans cette chaîne. C’est la nuit qui est continue. C’est la nuit qui est le

tissu

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