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tenaient trop. Ils étaient trop contents de toi, après. Et ils étaient aussi trop contents de ça, de t’appeler comme ça. C’est pas comme moi.


Jeannette

— Toi tu n’y tiens pas. Tu as raison, petite sotte, petite peste. Ils m’ont appelée madame la bergère.


Hauviette

— Tu vois bien. Moi je n’y fais pas même attention. Je n’ai rien entendu.


Jeannette

— Ils criaient : Madame j’ai faim, madame j’ai faim. Ça m’entrait dans le ventre et dans le cœur, ça me broyait comme si des cris pouvaient broyer le cœur. Ça me faisait mal. Regardant brusquement Mauviette dans les yeux. Je ne suis peut-être pas la seule madame qui ne peut pas supporter les cris des enfants.


Hauviette

— Allons, tais-toi. Veux-tu te taire. Qui veux-tu dire ? De qui veux-tu parler ? Je ne la connais pas. Je n’en connais pas. Je n’en ai pas entendu parler. Non, non, je ne connais personne. Finis-la, ton histoire, et qu’on n’en parle plus. Je la connais, ton histoire. Tu m’embêtes avec ton histoire. C’est pas la peine de la finir. Je la connais, la fin de ton histoire. Tu leur as donné tout ton pain.


Jeannette

— Je leur ai donné tout mon pain, mon manger de midi et mon manger de quatre heures. Ils ont sauté dessus comme des bêtes, ils se sont jetés dessus