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tout seuls par le sentier là-bas. Derrière les bouleaux, derrière la haie. Le plus grand traînait l’autre. Ils pleuraient, ils criaient : J’ai faim, j’ai faim, j’ai faim… Je les entendais d’ici. Je les ai appelés. Je ne voulais pas quitter mes moutons. Ils ne m’avaient pas vue. Ils sont accourus en criant comme des petits chiens. Le plus grand avait bien sept ans.


Hauviette

— Le plus petit avait bien trois ans. Des moucherons, des marmots. Je les connais très bien, tes nourrissons.


Jeannette

— Hauviette, Hauviette.


Hauviette

— Je les ai rencontrés en venant. Je montais, ils descendaient. Ils descendent toujours. Ils m’ont appelée madame. C’est rigolo. Oui, ils m’ont dit : (imitant) Bonjour, madame. C’est très rigolo. Ils m’ont dit aussi : Madame, il y a une madame bergère qui garde ses moutons là-haut au bout du chemin et qui fait de la laine. Oui, oui, c’est toi madame la bergère. Malicieusement. Ils avaient bonne mine, tes deux. Ils avaient très bonne mine. Ils étaient contents. Ils avaient l’air heureux de vivre.


Jeannette

— Ils sont accourus comme des petits chiens. Ils criaient : Madame j’ai faim, madame j’ai faim.


Hauviette

— Tu en oublies. Ils ont dû t’appeler, oui, oui, ils t’ont certainement appelée (saluant) madame la bergère. Ils y