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LE PORCHE Voilà ce qui m’étonne. Et pourtant je ne suis pas facile

à étonner. Je suis si vieux. J’en ai tant vu. J’en ai tant fait. Voilà ce qui me passe et je n’en reviens pas moi-même. Et il faut que ma grâce soit tellement grande.

Les jours mauvais pleuvent ; sans se presser ; sans se

lasser ; l’heure après l’heure, le jour après le jour.

Les jours mauvais pleuvent. Et de toute cette eau qui glisse inlassable du ciel, (d’un

ciel qu’ils pourraient dire mauvais), De toute cette eau qui glisse par terre, de toute cette

pluie oblique,

D’autres en feraient des marais et des marécages

pleins de fièvres et tout peuplés de sales bêtes

dégoûtantes). Mais eux, la bonne terre, ma terre meuble et bien

cultivée. Bien aménagée. Ma bonne terre d’âmes, bien labourée par mon Fils

depuis des siècles et des siècles, Ma bonne terre saine de Lorraine ils recueillent toute

cette eau qui tombe. Et merveille ils n’en font point des marais et des boues

et des vases. Et des algues et des scolopendres et des plantes

bizarres. Mais merveille c’est cette eau même qu’ils recueillent et ils n’en sont point embarrassés.

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