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D E LA C H A R I T É

Un petit cortège un peu derrière le grand cortège.

Un peu en arrière.

Et on les reconnaissait.

Elle pleurait, elle pleurait sous un grand voile de lin

Un grand voile bleu.

Un peu passé.

Voilà ce qu’il avait Tait de sa mère.

Elle pleurait comme jamais il ne sera donné ;

Comme jamais il ne sera demandé

A une femme de pleurer sur terre.

Éternellement jamais.

A aucune femme.

Voilà ce qu’il avait fait de sa mère.

D’une mère maternelle.

Ce qu’il y a de curieux c’est que tout le monde la respectait.

Les gens respectent beaucoup les parents des con- damnés.

Ils disaient même : la pauvre femme.

Et en même temps ils tapaient sur son fils.

Parce que l’homme est comme ça.

L’homme est ainsi fait.

Le monde est comme ça.

Les hommes sont comme ils sont et on ne pourra jamais les changer.

Elle ne savait pas qu’au contraire il était venu changer l’homme.

Qu’il était venu changer le monde.

Elle suivait, elle pleurait.

Et en même temps ils tapaient sur son garçon.

Elle suivait, elle suivait.

Les hommes sont comme ça.

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