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Les corps des morts damnés s’affolant de souffrance,
Abandonner mon corps à la flamme éternelle,
Mon Dieu, donnez mon corps à la flamme éternelle ;

Mon corps, mon pauvre corps, à cette flamme qui ne s’éteindra jamais.
Mon corps, prenez mon corps pour cette flamme.

Mon chétif corps.

Mon corps qui vaut si peu, qui compte si peu.

Qui ne pèse pas lourd.

Mon pauvre corps qui a si peu de prix.


Un silence.


Et s’il faut, pour sauver de l’Absence éternelle
Les âmes des damnés s’affolant de l’Absence,
Abandonner mon âme à l’Absence éternelle,
Que mon âme s’en aille en l’Absence éternelle.

Mon âme à cette absence qui ne s’éteindra jamais.


Madame Gervaise

— Taisez-vous, ma sœur : vous avez blasphémé : Dieu, dans sa miséricorde infinie, a bien voulu que la souffrance humaine servît à sauver les âmes ; je dis la souffrance humaine ; la souffrance terrestre ; la souffrance militante ; non pas sans doute la souffrance souffrante ; certainement non pas, nullement assurément la souffrance infernale.