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Nous avons prétendu, — et c’était vrai, — que nous opposions aux scélératesses et aux imbécillités antisémitiques exactement l’histoire authentique et scientifique du présent et d’un récent passé. Nous nous faisions gloire, — ceux du moins qui étaient accessibles à la gloire, — de nous conduire, dans cette affaire qui nous étreignait vivants, comme de parfaits historiens. Cette gloire était fondée en vérité. Nous fûmes les chercheurs et les serviteurs de la vérité. Telle était en nous la force de la vérité que nous l’aurions proclamée envers et contre nous. Telle fut hors de nous la force de la vérité qu’elle nous donna la victoire.

Car ce fut la force révolutionnaire de la vérité qui nous donna la victoire. Nous n’étions pas un parti un. Je ne sais pas si nous avions parmi nous des tacticiens. Cela se peut, car c’est une race qui sévit partout. Mais Zola, qui n’était pas un tacticien, prononça la vérité.

À présent que la vérité nous a sauvés, si nous la lâchons comme un bagage embarrassant, nous déjustifions notre conduite récente, nous démentons nos paroles récentes, nous démoralisons notre action récente. Nous prévariquons en arrière. Nous abusons de confiance.

On aurait tort de s’imaginer que ces paragraphes sont insignifiants et peu dangereux. On aurait tort de s’imaginer qu’on peut distinguer entre les vérités, respecter aux moments de crise les grandes vérités, les vérités explosives, glorieuses, et dans la vie ordinaire négliger les petites vérités familières et fréquentes. C’est justement parce que l’on néglige pendant dix ans la lente infiltration des mensonges familiers et des politesses que brusquement il faut qu’un révolution-