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se déploierait joyeusement, clairement, purement dans la santé d’un journal enfin libre ! Or, en admettant que le génie et le talent soient moralement négligeables en eux-mêmes, ils sont considérables quand ils servent à préparer la Révolution sociale. Nous espérions donc passionnément que le Congrès essaierait au moins d’affranchir la quatrième page. Voici au contraire qu’il a commencé l’asservissement de la première.

Le Congrès a entendu, semble-t-il au second paragraphe, régir tous les journaux qui se réclament du socialisme. J’espère que la langue lui a fourché. Au paragraphe des sanctions il semble que le Congrès n’a entendu régir que les journaux qui se réclament du Parti socialiste ainsi constitué. Car on doit distinguer désormais entre le socialisme et le Parti socialiste ainsi qu’on distingue entre les Églises et le christianisme ou la chrétienté, ainsi qu’on distingue entre la République et les différents partis républicains. Il ne s’agit pas de les opposer toujours, mais il y a lieu de les distinguer, et c’est un symptôme inquiétant que le Congrès n’ait pas de lui-même introduit cette distinction.

Nous avons fait l’avant-dernière et la dernière année un virement redoutable et qui ne peut se justifier que par la conséquence. Nous nous sommes servis de la vérité. Cela n’a l’air de rien. Nous nous sommes servis de la vérité. Nous l’avons utilisée. Nous avons détourné la vérité, qui est de la connaissance, aux fins de l’action. Il s’agit à présent de savoir si nous avons commis une malversation. Car la vérité que nous avons utilisée n’était pas la facile vérité des partis et des polémiques ; elle était la vérité scientifique, historique, la vérité même, la vérité. Nous l’avons assez dit. Et c’était vrai.