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Cela peut mener loin, ces blessures faites ou censées faites aux organisations. Il est évident que cette résolution a été proposée au Congrès par sa commission plus particulièrement pour protéger contre la critique certaines organisations. Ces organisations sont justement celles qui ont des chefs et de jeunes ambitieux : seront-elles blessées quand on blessera quelqu’un de leurs chefs ? Alors la sanction sera terrible, et vague, et presque religieuse :

« Si le Comité général estime que tel journal viole les décisions du Parti et cause un préjudice au prolétariat, il appelle devant lui les rédacteurs responsables. Ceux-ci étant entendus, le Comité général leur signifie, s’il y a lieu, par un avertissement public, qu’il demandera contre eux ou un blâme ou l’exclusion du Parti ou la mise en interdit du journal lui-même. »

Irons-nous souffler sur des flammes de cierge au seuil des interdits ?

La sérénité parfaite avec laquelle ce Congrès a, pour le service intérieur du Parti socialiste, supprimé la liberté de la presse, m’a laissé stupide. Je sais bien que le Congrès était souverain. Mais aucun souverain, quand même il serait l’Internationale humaine, le genre humain, n’a ce droit, n’a le droit de se prononcer contre la vérité. On ne dispose pas de soi contre la vérité. Avons-nous assez répété qu’un homme, un individu n’a pas le droit de s’engager contre la vérité. Cette proposition était naguère un axiome. À moins que les partis n’aient des droits surhumains, allons-nous marcher contre les axiomes ? Cela porte malheur à la raison.

Quel chef d’accusation vague : un préjudice causé au