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LA CHANSON DU ROI DAGOBERT cela est fort heureux, car je ne serai jamais sous- lieutenant de réserve. Sous ce régime soi-disant démocratique, un roi peut devenir officier. Un sage reste soldat. Si vous êtes éreinté d'une étape et de huit jours de manœuvres, vous qui marchez le dos vide et le ventre plein, que dirai-je, moi qui n'ai pas laissé mon sac au magasin. Quand il pleut sur terre, il pleut sur mon sac. Et un sac mouillé pèse double. Un sac mouillé pèse aux courroies; et les courroies pèsent aux épaules. Gomme disaient mes camarades, ce n'est pas le sac, moi, qui me lire sur les épaules, c est la courroie.

— Laissons, dit Dagobert, ce bavardage de troupiers.

— S'il n'y avait pas de troupiers, répondit hardi- ment saint Eloi, il n'y aurait pas de troupes.

Un silence. Le roi recommence, imperturbable et triste :

— Il y a deux races d'hommes. Les uns connaissen l'objet par les textes qui s'y rapportent. Les autres con- naissent l'objet même. Les uns connaissent la Voulzie comme un objet de poème. Les autres connaissent la Voulzie même, les autres connaissent la Voulzie. Les uns ne savent pas ce que c'est que la Voulzie. Les autres ne savent pas qu'il y ait un poème de la Voulzie. Les premiers ne se demandent guère ce que c'est que la Voulzie, et le peu qu'ils se le demandent, c'est pour en faire un commentaire au texte ; il faut bien qu'il y ait des notes au bas des pages dans les éditions savantes. Les autres ne se sont jamais demandé si elle a/faire-là qui coule avait fait la matière ou l'objet d'un poème ; iL-« ne sont pas même fixés, comme ils disent, ils ne sont pas fixés sur ce que c'est qu'un poème ; ils savent

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