Page:Peguy oeuvres completes 01.djvu/391

Cette page n’a pas encore été corrigée


COMPTE RENDU DE MANDAT

Quand on passa au vote, la candidature du citoyen Roland obtint six voix. Mais la candidature du citoyen Péguy obtintcinq voix, minorité respectable inattendue : la voix du citoyen le Febvre, ma voix, parce qu'on est bien forcé de voter pour son cousin, et les trois voix des trois citoyens qui se disputaient le plus franchement avec mon petit cousin quand il venait au groupe.

Ainsi parvenu à la conclusion de son compte rendu, mon grand cousin prit un air solennel et continua :

— Ici, conlinua-t-il, ici intervint une opération mysté- rieuse, une opération singulière, sur laquelle vous me renseignerez sans doute, messieurs les intellectuels, vous qui savez tout.

Nous dressâmes l'oreille, intrigués.

— Aussitôt, continua froidement mon cousin, aussitôt que le président de séance eut proclamé le résultat du vote, aussitôt que le citoyen président de séance eut proclamé que le citoyen Roland avait obtenu six voix, tandis que le citoyen Péguy n'avait obtenu que cinq voix, d'un commun accord il fut proclamé que le citoyen Roland serait au premier congrès général des Organi- sations socialistes françaises le délégué du groupe d'études sociales d'Orléans. Et il ne fut plus question du citoyen Péguy. Si bien que le citoyen Roland, ayant obtenu six voix, valut pour onze, et que le citoyen Péguy, ayant obtenu cinq voix, valut pour zéro. Voulez- vous m'expliquer, messieurs les intellectuels, ce que c'est que cette opération d'arithmétique par laquelle six est égal à onze, et cinq égal à zéro.

Nous nous regardâmes hébétés.

— Monsieur, dit Pierre Baudouin, ma philosophie n'avait pas considéré cela.

383

�� �