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COMPTE RENDU DE MANDAT

les questions précises, n'est-ce pas. Nous sommes des hommes d'affaires, et non pas des hommes parleurs. La question n'est pas de savoir qui travaillera le plus et le mieux dans le congrès à la préparation de la révo- lution sociale; mais la question est de savoir qui sou- tiendra le plus dans le congrès les intérêts du groupe. L'électeur avant tout. Nous valons bien les bourgeois. Nous avons longtemps déclamé avec eux pour le scru- tin de liste contre le scrutin d'arrondissement. Le scrutin d'arrondissement substituait à la politique d'idées la politique d'affaires locales. Mais quand nous eûmes à constituer nos assemblées parlementaires, nous imaginâmes un scrutin près de qui le scrutin d'ar- rondissement paraît vaste ainsi que le vaste monde. Nous imaginâmes le scrutin de groupe, ou de quartier. Enfin nous pratiquons pour nos assemblées parlemen- taires ce suffrage restreint et ce suffrage à deux degrés, et à plusieurs degrés, contre lesquels nous avons mené de si ardentes campagnes. A l'usage nous nous aper- cevons qu'ils sont fort commodes.

Un exemple vous facilitera l'entendement. Quand les électeurs de la première circonscription d'Orléans sont convoqués pour élire un député, ils ne se demandent pas qui sera le meilleur député. Car le député d'Orléans n'est pas le délégué dOrléans à la meilleure adminis- tration de la France avec les délégués des autres cir- conscriptions françaises. Mais, puisque nous vivons sous le régime universel de la concurrence, et puisque la concurrence politique est la plus aiguë des concur- rences, le député d'Orléans est exactement le délégué d'Orléans à soutenir les intérêts Orléanais contre les délégués des autres circonscriptions, qui eux-mêmes en

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