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COMPTE RENDU DE MANDAT

la tribune, je parle pour ceux qui ont le privilège d'y monter, à la tribune le devoir est de respecter en appa- rence l'adversaire et de vanter l'unité socialiste. Quand on est en haut, il faut de la tenue . Le même citoyen, qui vient de gueuler assassins, assassins, doit inaugurer son discours par un redoublement de politesse obséquieuse. Telles sont les règles du genre. Nous ne sommes pas de ces révolutionnaires qui bouleversent les règles des genres. Quand le citoyen Roland commence à parler, on sent tout de suite qu'il respectera les lois de la véri- table éloquence parlementaire. 11 commence par dire du bien de son adversaire. Cela paraît d'autant plus méri- toire que l'on voit bien dans le même temps qu'il ne pense pas un mot du bien qu'il dit. Quand il eut ainsi rendu à mon petit cousin l'hommage que mon petit cousin ne mérite pas, il se mit alors, mais alors seu- lement, à démolir, en douceur, la candidature Péguy. Ce fut une rare jouissance pour des provinciaux long- temps sevrés d'éloquence et de politique. Je me sens bien incapable, moi simple citoyen, de vous produire une image même lointaine et même effacée d'un aussi habile et aussi balancé discours. L'éminent conférencier n'avait pas fini l'éloge de mon petit cousin que déjà tous les assistants reconnaissaient que le candidat Péguy n'était qu'un socialiste à la secousse.

— A quelle secousse, demanda Pierre Deloire.

— Vous ne connaissez pas l'argot, ^'ous n'êtes pas un travailleur. Ça veut dire un socialiste à la manque.

— Ah bien.

— Dans des considérations générales dont je ne puis vous redonner l'écho même affaibli, l'éminent conféren- cier nous remontra que la lutte de classe interdisait

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