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ŒUVRES DE PROSE mètres et demi une seconde exhortation le leur fera pousser jusqu'à trois mètres et demi, et ainsi de suite. Ainsi nous, quand nous sommes assemblés au pied de la Révolution Sociale, pourquoi nos maîtres et contre- maîtres veulent-ils nous faire accroire que c'est une petite affaire, à moitié faite sansqu'on s'en soit aperçu, et que tout se passera en douceur. C'est qu'au lieu de nous traiter comme des ouvriers raisonnables nos chefs nous traitent comme des soldats. Et non pas comme un oflicier raisonnable peut traiter des soldats raison- nables, mais comme un officier de l'ancienne armée traitait les mauvais soldats : Allons, encore un coup d'épaule, il n'y a plus que deux kilomètres, quand on sait qu'il y en a encore six ou huit. Ou bien si on attaque : Hardi! en avant! ils ont peur! ils vont foutre le camp ! avec le refrain obligé : il y a la goutte à boire là-haut! C'est comme ça que les gens finissent par boire la goutte en bas. Nous ne voulons pas boire la goutte. Nous sommes des ouvriers. Nous acceptons, nous demandons que l'on nous guide quand il en est besoin. Nous acceptons, nous demandons des archi- tectes et des ingénieurs, à condition qu ils nous diront la vérité. Nous ne voulons pas d'entraîneurs. Nous ne sommes ni des chevaux ni des cyclistes. Nous ne faisons pas des courses. Nous voulons faire un travail raisonnable. Nous ne voulons pas de propagandeurs professionnels. Nous n'admettons pas que la propa- gande ne soit pas la communication pure et simple de la vérité que l'on sait. Ce qui revient à dire que c'est Péguy l'accusé qui fait de la propagande et que ce sont les censeurs qui n'en font pas. Ce sera le premier point de ma défense.

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