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indiqué, ce plan fut répété d’homme à homme jusqu’à ce que Pierre Deloire le rédigeât. Je ne le développerai pas. Tout le monde le connaît pour l’avoir plus ou moins déjà fait. En France plus qu’ailleurs, c’est le plan qui manque le moins.

Pour le réaliser il fallait un personnel et un matériel, un personnel qui fournît le matériel. Cinq cents personnes et cinq cent mille francs suffisaient, d’autant que les cinq cents personnes seraient des collaborateurs efficaces, d’autant que les cinq cent mille francs seraient rafraîchis par des souscriptions régulièrement affluentes. Et dix ans suffisaient pour la préparation.

Les cinq cents personnes se pourraient trouver en quelques années, de proche en proche, d’ami en ami, par cette propagande personnelle qui seule est fructueuse. Les nouveaux adhérents cherchaient des nouveaux encore. On gagnait toujours du monde. Chacun répondait pour ceux qu’il avait acquis, introduits. C’était la méthode bien connue de la ramification indéfinie. Elle serait invincible comme une végétation si les hommes étaient des végétaux. Mais ils sont au moins des animaux. Elle est dans l’histoire de Blanqui. Elle est partout ailleurs. A cet égard j’avais pour fonction d’administrer la communication centrale à établir entre les premiers adhérents. Je donnais la communication. Je n’exerçais aucune autorité. Je n’avais rien de commandement. J’étais le citoyen téléphoniste. Il était d’ailleurs entendu que l’on se passerait de moi le plus que l’on pourrait, que l’activité de la compagnie serait spontanée, qu’il n’y aurait pas congestion centrale et refroidissement aux extrémités, mais que tout marcherait tout seul.

Admettant que cinq cents personnes souscrivent dix francs chaque mois en moyenne, on canalise un affluent mensuel de cinq mille francs. Soixante mille francs par an. Même en faisant la part large au déchet inévitable, on amasse les cinq cent mille francs avant les dix ans,